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Il y a quelques mois, nous invoquions la nécessité d’une liberté d’innovation plus radicale pour être en mesure d’offrir des services administratifs réellement innovants et utiles aux citoyens. Et bien, bonne nouvelle, l’état a décidé d’essayer !

Si vous êtes un très bon développeur informatique, amateur de sensation forte, agiliste, cette annonce est peut-être pour vous…

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Ce n’est pas sans fierté que je célèbre ici les 20 premiers jours de la plate-forme de prêts solidaires entre particuliers

hellomerci

que nous avons lancé le 23 avril 2013 au sein de la société KissKissBankBank, active depuis trois ans sur ce marché du crowdfunding (finance participative), mais en don/contre-dons.

Déjà plus de 30 projets dans toute la France, 75 000€ collectés et autant de « crédit-sympathie » auprès de 360 personnes, c’est tout simplement jubilatoire ! La mécanique directe que nous mettons en place, sans intermédiaire, sans banque et sans lucrativité, est totalement inédite à ce jour. Innovation Made In France ! Cocorico, marinière & redressement Messieurs-Dames !

Au milieu des grands, Wikipedia, Google, ou Kickstarter, voila un exemple d’Informatique Conviviale favorisant l’entraide en plaçant la transparence, l’autonomie et la confiance dans les individus au cœur de ses fonctionnalités …

Vous avez un projet à financer ? Foncez ! Vous n’y trouverez pas que de l’argent, mais  une confiance en vous décuplée et le plaisir de réussir grâce aux autres …

Bienvenue dans l’économie collaborative !

Le 5 mars 2013, Fleur Pellerin, Ministre chargée de l’Economie Numérique déclarait :

Nous allons créer à Paris ou en proche banlieue un lieu qui sera l’étendard du numérique de la France. Ce pourrait être la Halle Freyssinet, dans le XIIIe arrondissement. C’est l’hypothèse la plus sérieuse parmi les implantations étudiées. Grande de 25 000m² au sol, cette halle pourrait ainsi accueillir « jusqu’à 1 000 start-up » et devenir une vitrine du numérique français … Cet endroit doit être une vitrine internationale, un des grands incubateurs de classe mondiale.

Ma foi pourquoi pas. En même temps il est légitime de s’intéresser aux endroits où un afflux d’innovation serait le plus souhaitable, et s’interroger – selon le fameux adage “eat your own dog food” (“mangez les produits que vous vendez”) – si l’administration Française ne pourrait pas être le principal destinataire de cette mesure … (suite…)


Petit échauffement avant de découvrir ce que cache ce titre abusivement racoleur : écoutons l’astronaute Neil Armstrong venu en 2010 nous parler de management dans le contexte du projet pharaonique de conquête de l’espace. Invoquant Saint-Exupéry :

Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer.« ,

Il nous montre que cette entreprise a plutôt été gérée dans une recherche d’autonomie et de responsabilisation des équipes que dans le classique diviser/commander/contrôler cher à nos organisations publiques ou privées dès qu’elles dépassent les 100 personnes.
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Thierry Breton, ancien ministre, ex patron de France Telecom et actuel dirigeant de Atos veut éradiquer les mails internes, coupables d’une pollution de 5 à 20 heures par semaine du temps de ses collaborateurs : 80% du flux de messagerie serait proprement contre productif. Sa volonté est de transvaser les usages bénéfiques de la messagerie interne dans les outils dits de « réseaux sociaux », messagerie instantanée, wikis et autres moteurs de recherche.

Chronique parue dans 01 Informatique – La fin de l’eMail

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Des Systèmes d’Information en amélioration continue

Aussi simple de s’en servir que d’y contribuer

Tout ce qui n’est pas explicitement interdit est autorisé, mais tracé et réversible

Supprimez votre propre poste, vous êtes promu

« Take it, but take it easy. »
Joe Strummer (The Clash)

Henri de Montleau est radieux, il semble nager dans son élément, saluant des inconnus à tout va. Il a insisté pour que je l’accompagne à cette invitation de l’Élysée sur le thème de la « Croissance soutenable ». Je découvre qu’il connaît quasiment tous les directeurs, élus et autres hauts fonctionnaires présents. Je me sens un peu seul, et m’immisce discrètement dans une de ses conversations :
– …L’entreprise déclare sa structure et ses employés dans le système, une fois pour toutes. Tous les partenaires sociaux et les prestataires privés – mutuelles, assurances, retraites complémentaires… – se connectent sur la même plate-forme ouverte.

– Ouverte ? Vous voulez dire que le capital, les employés et tous les chiffres de l’entreprise sont publics ?

– Non, ils sont disponibles aux services de l’État et aux partenaires que vous autorisez.

– Ah d’accord. Et cela ajoute quoi au juste par rapport aux téléprocédures déjà en place ?

– Les chiffres sont tombés récemment : nous avions fait l’hypothèse d’une diminution de quelques pour cent des frais administratifs en Entreprise, en misant sur la diminution des doubles saisies en tout genre. Aujourd’hui, chez les usagers, on constate 30 % de réduction des dépenses administratives ! Au point que la contrainte devient notre capacité de reconversion des personnels concernés…

– Tout ça parce que les gens ne ressaisissent plus quelques informations juridiques, salariales ou comptables à destination de différents prestataires ? C’est un peu beaucoup non ?

– C’est effectivement une surprise, mais le système s’autodiscipline. La qualité de l’information dont dispose chacun a considérablement augmenté, diminuant très sensiblement le taux d’erreurs qui est à l’origine des coûts administratifs mais surtout de la lourdeur perçue : trop-perçus, trop versés, procédures, redressements… Ce n’est plus à l’entreprise de traverser le labyrinthe des statuts et impositions de ses collaborateurs, mais au système de les lui proposer.

– Au fond vous avez généralisé le nouveau principe des impôts sur le revenu en proposant des précalculs par défaut, et en offrant la possibilité de les confirmer ou de les modifier.

– Exactement, poursuit l’interlocuteur d’Henri. Non seulement nous permettons aux différents acteurs de mettre à jour l’information, mais nous leur proposons aussi de réaliser le dénouement complet des transactions, paiements inclus.

Où avais-je déjà vu cette personne ? Ah oui ! Au journal de 20 h 00 ! Le projet ePME, l’alliance réussie entre les entreprises, les administrations, et les partenaires sociaux… Mon gendre lunaire devenu patron de start-up et me louant les vertus de son coach administratif électronique ! Épatant ! Je me lance :

– Alors c’est vous qui avez mis en place la plate-forme ? Elle ne ressemble pas du tout aux autres systèmes de l’administration : déploiement pilote en quelques mois, ergonomie impeccable, amélioration continue des prestations, aussi simple de s’en servir que d’y contribuer…

– Oui, effectivement. Nous avons dû modifier le code des marchés publics pour pouvoir éviter les études, plans, coordinations et autres barrages à l’innovation informatique. J’aime à dire que c’est finalement là l’essentiel de ma contribution ! Une fois cette contrainte levée, je n’ai plus eu qu’à rassembler une vingtaine de talents, les associer à des utilisateurs pilotes, et rythmer des livraisons itératives tous les mois… Quant à l’adoption, elle a été tirée par les usagers. Affluant massivement, ils n’ont laissé d’autre choix aux multiples partenaires que de se transformer pour tirer profit de la plate-forme.

Je reste coi, acquiesce poliment puis me dirige vers un autre groupe :

– … mais au fond pourquoi avoir intitulé ce site fairmusic.com et pas France Musique puisqu’il est financé par la licence globale et accessible uniquement aux abonnés français qui ont choisi l’option illimitée ?

– Le système de rémunération des artistes dans les nouvelles chaînes de valeur de la musique numérique n’était pas équitable. Les maisons de disques toutes-puissantes s’arrogeaient la plus grosse part du gâteau, la même part que dans la chaîne historique où elles devaient assurer la coûteuse circulation des disques physiques. Ce n’est plus le cas avec la musique numérique, et pourtant la règle était restée la même…

– Et à qui profite le crime à part vous ?

– Grâce aux contrats globaux de production incluant concerts, disques et droits dérivés qui sont mis en avant sur notre plate-forme de téléchargement, les artistes perçoivent six fois plus de revenus qu’en distribution classique. Au final cela permet aux petits groupes de vivre de leur art, même en ne diffusant que quelques milliers d’albums par an.

– Je comprends mieux la charge des quatre majors contre le président le mois dernier autour de la licence globale qui vous finance en partie…

– Oui bien sûr, on a déplacé la chaîne de valeur hors de ces anciens empires, ça n’est jamais très simple, mais le nombre d’emplois supprimés dans ces entreprises est dérisoire face au nombre de foyers de subsistance créés chez les artistes ainsi autonomisés et le fort renouvellement des acteurs économiques : plates-formes d’échange, jeux musicaux, jeux éducatifs…

– La fameuse long tail …

Je me retourne et aperçois Secrotas au bout de la salle en train de s’esclaffer avec un ministre. Mais où suis-je ? Qui sont ces gens ? J’ai l’impression qu’ils ont tous quelque chose en commun et que je suis le dindon d’une farce. Tiens un groupe où Henri bavarde autour d’un grand patron de média :

– … J’imagine que cela doit être extrêmement difficile de se mettre d’accord sur les faits bruts, sans tomber dans l’analyse politique et les controverses ? Chômage subi et chômage de complaisance, pouvoir d’achat réel, cartographie des addictions incluant drogues licites et illicites, répartition de la valeur ajoutée, « moral » des Français… ?

– Il est vrai que certains chiffres sont parfois difficiles à fiabiliser. Par exemple dans l’Éducation nationale même le nombre moyen d’élèves par classe ou encore la proportion de cancres n’est pas une statistique partagée. Il y a le chiffre des syndicats et le chiffre de l’administration ! Dans ces situations, nous replaçons le débat à un niveau consensuel pour qu’il puisse redémarrer, par exemple sur des statistiques plus locales. Mais vous savez, le succès d’une communauté passe par le respect d’une discipline, en particulier celle de l’accueil positif de la critique. Nous avons les mêmes gènes que Wikipedia.

– Je vois. En tant que téléspectateurs, nous avons été ébahis lorsque votre système a été utilisé dans l’émission politique sur l’épineux problème des retraites. Incroyable de voir à quel point l’on pouvait gagner en clarté à l’aide de schémas à la fois didactiques et indiscutables, en évacuant la mauvaise foi au profit d’un débat de fond ! Ces petits dessins se diffusent à vitesse grand V dans les conversations publiques ou privées, mais au final est-ce une activité rentable ?

– Doublement rentable vous voulez dire ! Non seulement debatFrançais.fr est un des premiers médias sociaux sur Internet, avec plus de deux millions d’Internautes contribuant chaque année dans l’Hexagone, et tout ce qui compte de politiques obligés d’y agréger leurs positions, sans langue de bois et sur tous les thèmes : éducation, justice, sécurité, libertés, économie ; et des milliers de pédagogues qui rivalisent de talent pour que leur schéma explicatif devienne la référence… Mais en plus, nous parvenons aussi à valoriser notre impact social : apporter une compréhension plus profonde de notre société aux citoyens, une lucidité abordable. Tous nos autres journaux, radios et télés ont ainsi fait grimper leur part d’audience, tandis que l’audience globale elle-même a augmenté, démontrant l’effet positif pour tous !

– Impressionnant… et personne ne vous accuse de parti pris, ayant vos propres intérêts privés…

– Notre actionnariat est aussi public rassurez-vous. Mais vous savez, les frontières entre « capitalisme dur » et « œuvre sociale » s’estompent peu à peu. Toutes les industries, mêmes manufacturières, s’assujettissent peu à peu à une triple bottom-line[1] et développent toutes leur open source…

Je prends Montleau en aparté :

– Henri, pourrais-je m’entretenir avec vous une seconde ?

– Bien sûr.

– Henri, c’est quoi ce traquenard ? Comment connaissez-vous toutes ces personnes ?

– Eh bien, il faut que je vous dise Paul. Le président a formé ce think tank il y a deux ans…

– Ah mais je comprends ! Mais… mais alors, vous étiez au courant depuis le début ?

Une voix nous interrompt :

– Mesdames et Messieurs, Le président de la République.

– Chut !

– Chers amis, bonsoir.
Merci d’être venus célébrer nos réussites ce soir.
Nous avons appris ensemble que l’action politique, en entreprise ou ailleurs, devrait se résumer à la fixation d’objectifs de performance globale, sociale et économique, et à la création des conditions de l’amélioration continue.
L’élaboration en central de solutions aveugles de la diversité a vécu, pour mon gouvernement, comme pour vous. Aucun acteur public ou privé n’a désormais le monopole de la confiance. Celle-ci émerge des plates-formes les plus ouvertes et les plus transparentes. Nous devons donc abandonner cette tradition colbertiste de pilotage par les moyens et refaire confiance aux individus en les récompensant selon leurs résultats. La LOLF[2] nous y aidera, ainsi que la réforme des marchés publics que j’ai engagée vers plus de confiance et de responsabilité. Mais entendons-nous bien, cela signifie aussi d’abandonner cette vieille idée de déploiement massif, uniforme et synchronisé de nos services, qu’il s’agisse de l’école ou des derniers systèmes innovants de l’eAdministration. Pour encourager l’innovation, nous sommes forcés d’accepter l’idée d’hétérogénéité permanente et de convergence vers les meilleures pratiques. Que Colmar réussisse son mix énergétique à l’eau et son éducation grâce à des écoles ouvertes, Valence par le vent et grâce à des collèges musicaux, peu nous importe au fond ! Que les meilleures idées émergent et se combinent
Nous atteindrons ces performances en encourageant aussi tout un chacun à grandir à la rencontre des autres, en nous détournant donc de l’ultra-spécialisation dominante et d’une certaine vision statique du « niveau d’éducation ». Quand l’élitisme ne crée plus l’excellence mais principalement la lutte, il est temps pour nos institutions éducatives de découvrir de nouvelles recettes. J’y veillerai.
Après les fusions symétriques qui ont conduit à créer nos empires administratifs et industriels, peut-être devrons-nous imaginer des fusions asymétriques, mettant en valeur les vertus singulières de chacun. C’est pourquoi l’informatique doit devenir cet outil fantastique au service du décloisonnement, au service de l’autonomisation et de la responsabilisation des individus. Il doit donc nous aider à devenir tous un peu spécialistes en simplifiant les savoirs et les savoir-faire en même temps que leur diffusion. Grâce à vous, certains outils permettent déjà l’émergence d’entrepreneurs, de groupes de musique autonomes, de banques autonomes, ou de consensus autonomes… Ces systèmes peuvent sembler ultralibéraux en apparence, mais ils se situent en fait bien au-delà de ce schéma droite-gauche caduc, à la fois décentralisés et favorables à la collectivité.

(un schéma apparaît dans son dos)

Pour autant, la tension que va créer cette innovation ne doit pas être ignorée. Heureusement, de nouveaux outils nous permettent d’intégrer structurellement les conflits inhérents au changement. En particulier, ce nouveau pacte social qui garantit l’emploi et la promotion des personnes qui contribuent à supprimer leur propre poste de travail. Nous aiderons les entreprises qui l’adoptent, comme vous mes chers pionniers.
Loin des idéologues, nous acceptons le principe de réfutabilité de nos théories et de nos pratiques, elles-mêmes en amélioration continue. D’ailleurs, nous pourrons dans le futur, et pour certains dans un futur proche, orienter le but de certaines entreprises privées vers autre chose que la maximisation des profits (il fixe Henri en souriant).
Ne nous leurrons pas non plus. Mon propos n’est pas de vous proposer un monde idyllique où sont exclus le conflit, la compétition et la mort. Ces systèmes qui nous rendent démiurges engendreront leurs propres perversions. Mais dans notre nouveau monde, l’issue des batailles ne pourra plus faire émerger de monopoles dominants et aliénants comme nous avons pu en connaître, dans le privé mais aussi et surtout dans les services de l’État !
(rires dans la salle)
Nous avons trouvé ensemble un moyen de réaliser quelques foulées de géants. Apprenons maintenant ensemble à courir le marathon des géants !
Mesdames, Messieurs, à partir d’aujourd’hui, je ne veux plus voir d’ordinateurs nulle part, sauf dans les statistiques de développement et de productivité !
À notre santé !

*

Je cours sur une pente infinie en tenant Henri de Montleau par la main. Soudain nous décollons. Henri, pourquoi avez-vous la voix de Sybille ? Henri se détache de moi et se transforme peu à peu en poulpe. Au bout de ses tentacules apparaissent les visages souriants du président, d’Omar, de Secrotas, Kasperski, Pichot… tous me disent en chœur : « Paul tu dois nous aider à faire de la banque un outil au service du développement de ses salariés et de ses clients plus qu’au service du profit financier. » Puis, un des tentacules s’enroule autour de moi et me souffle que j’ai un message qui m’attend dans ma boîte aux lettres. Un message qui est crucial pour la Générale…
J’ai peur.

Bip Bip Bip

5 :55

Ah ! Qu’est-ce que c’était que ce rêve débile ? Je n’aurais pas dû abuser autant du champagne, moi. Allez, au boulot ! J’aime arriver tôt et dépiler ma messagerie tranquillement…

Fin

Post-scriptum : En date d’écriture, les initiatives Free Wifi, datasf.org, creative.mozilla.org, ou reCaptcha, n’avaient pas encore vu le jour… comme d’autres, ces mouvements sont des signaux faibles de l’émergence d’une informatique conviviale. Si vous êtes témoins de tels signaux, rendez-vous sur Twitter #CCING pour nous les faire partager !

À bientôt.
Pierre PEZZIARDI
SEPTEMBRE 2009

*
Ouvert
Aussi simple de s’en servir que d’y contribuer
Convivial Computing
#CCING

[1] Résultats financiers, sociaux et écologiques.
[2] Loi organique relative aux lois de Finances, qui instaure un pilotage financier par les missions et non plus par les tâches.