Une réforme des retraites dans le calme


Nous voila repartis pour un tour de manège. Une réforme des retraites dont la nécessité et l’urgence n’ont convaincu qu’une minorité de français, mais que l’on s’apprête à relancer selon la même méthode : un déploiement généralisé.

Lors de la dernière tentative, dès que l’on est passé des concertations à la mise en place, les avocats, les policiers, les pilotes, les professions libérales ont réclamé leurs spécificités et engagé un rapport de force immédiat avec le gouvernement pour s’extraire du dispositif.

Malheureusement la même méthode produira invariablement les mêmes effets : méfiance, prévalence des intérêts particuliers, bras de fer, blocages. Car l’équation d’un système de retraite qui puisse être ressenti comme juste par toute la population française n’est pas encore connue, et ne peut l’être sur plans en réalité.

Rien de grand ne naît grand, ni les chênes, ni les fleuves, ni les royaumes, ni les hommes de génie.

Talleyrand

Comme l’on peut comprendre les craintes de certaines catégories socio-professionnelles d’être lésées par rapport à leur système existant, on peut tout aussi être favorable à cette réforme. Si elle incarne l’idée d’une solidarité nationale, interprofessionnelle – par la reconnaissance des pénibilités variées de nos métiers – et intergénérationnelle – par le principe de répartition.

Alors, plutôt qu’un consensus général impossible, plutôt que perdre des professions dès le départ et faire rentrer les autres au forceps, on peut procéder à l’inverse : trouver une masse critique initiale qui y est favorable, puis faire grandir progressivement le système.

Coup de bol, c’est une méthode que nous avons introduit dans l »État pour affronter les incertitudes du déploiement de politiques publiques dont on ne peut prévoir tous les aspects à l’avance. Quelle sera par exemple la bonification pour un policier comparé à une infirmière d’après vous ?

Cette méthode, les Startups d’État, a produit de très beaux succès comme le pass Culture ou 1Jeune1Solution, mais a été cantonnée à des sujets numériques là où elle s’applique en réalité à toute forme d’entreprise incertaine. Ce que nous rappelle Talleyrand en d’autres termes, c’est que tout système complexe qui fonctionne est invariablement issu d’un système complexe plus petit qui fonctionnait. C’est le cas de notre sécurité sociale, fruit d’une lente consolidation de systèmes assurantiels corporatistes nés au XIXe siècle.

Par où commencer alors ? Une masse critique peut aisément se trouver dans une première population volontaire, dans des filières ou des catégories socio-professionnelles où existe une solidarité professionnelle et générationnelle et aucune prétention à des avantages spécifiques : enseignants, assistantes maternelles, employés de banque,…

Si le système n’est pas obligatoire comme nous le proposons – il se présentera comme l’expérimentation d’une système de retraite par répartition à vocation universelle – il faudra qu’il y ait un avantage objectif à y basculer. Son paramétrage initial doit donc reproduire d’une part à minima les pensions des retraités, d’autres part à maxima les cotisations des actifs. Pour être attractif, il peut aussi offrir une plus grande prévisibilité (dans le système actuel, il est impossible de connaitre ses droits prévisionnels avant 50 ans), ou y attirer des bénéficiaires connus, comme des députés ou des artistes…

Cette première vague, souriante car non contrainte, permettra ensuite d’engager profession par profession les difficiles discussions sur leurs mérites comparés, mais qui sont nécessaires pour que tout le monde se sente traité de façon juste. Cette pénibilité variant aussi au cours du temps grâce notamment à la technologie (les métiers d’agriculteurs ou de conducteurs de train n’ont plus rien à voir avec ce qu’ils étaient en 1945), une convention paritaire permanente ajustera régulièrement ces coefficients de bonification permettant de partir plus tôt, de toucher plus ou de payer moins.

Chiche ?

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