Qui veut gagner des millions ?

Publié: 19 octobre 2007 dans DSI
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En tant que gestionnaire du Système d’Information, vous aurez probablement entendu parler de valorisation des actifs immatériels. Ces mots semblent confusément loin de votre quotidien, cependant ils pourraient s’en approcher plus rapidement que vous ne l’imaginez…

Chronique parue dans 01 Informatique du 19 octobre 2007

Valorisation : art de mesurer la valeur d’un bien. Actifs immatériels : s’oppose à actifs matériels, qui sont des biens physiques que l’on peut posséder, comme un immeuble ou une moissonneuse-batteuse. Ainsi, si vous deviez établir le bilan de votre foyer, vous y additionneriez des actifs matériels comme votre habitation, mais aussi des actifs immatériels comme la santé de votre couple, votre notoriété dans le quartier, ou encore l’idée de moteur à eau que vous développez dans votre garage avec le cadet.
D’ailleurs, comme tous les propriétaires, une compulsion récurrente vous pousse à connaître la valeur de votre habitation principale. Semblant dénuée d’intérêt de prime abord, cette démarche se justifie assez bien au final par la satisfaction primaire qu’elle suscite généralement : « tiens ça a encore monté ». Pendant ce temps, votre banquier se demande combien vaut votre crédit. L’exercice est pour lui moins spirituel, le bougre ne traine pas devant les agences immobilières, il achète et vend vraiment des créances à d’autres banquiers. Notez au passage que si la valeur d’un crédit obéit à quelques paramètres connus dans un contexte stable (taux d’intérêt, taux de défaut), elle en devient plus compliquée lorsque ce contexte devient chaotique : dans la crise immobilière américaine actuelle, personne n’est plus capable de deviner combien peuvent valoir certains portefeuilles de créances douteuses.
Le système d’information ne fait pas l’objet d’une valorisation formelle dans le bilan des entreprises, mais il influence déjà le prix des transactions de rachat ou de fusion. Les experts veulent aujourd’hui améliorer la précision de ces évaluations à l’aide de méthodes analytiques complexes qui atteignent leurs limites dans l’univers chaotique du SI. Car au fond, malgré toutes les tentatives de normalisation des activités de run (ITIL) ou de build (CMM), la réalité de nos procédés demeure extrêmement confuse, et repose plus sur le talent de quelques personnes que sur des classeurs de normes : « on est CMM5 et ITIL 2000 mais depuis que Gérard est parti, impossible de changer quoi que ce soit au système … ».
Nous défendons une approche complémentaire de la valorisation du SI[1]. La méthode synthétique consiste à faire le deuil de l’exactitude et à imaginer collectivement ce qu’il se passerait sans ce système. Un actif informatique (une application en production) peut ainsi s’évaluer par son coût de remplacement par de la bureautique et des hommes. Votre comptabilité ? Dix petites mains pourraient la faire tourner sur Excel. Le système de gestion des demandes de crédit ? Deux experts à Angoulême, et 100 fichiers Word par an (tiens, il a coûté dix années hommes à construire et 1 million d’euro par an, douloureux rapport valeur/coût …). L’histoire est pleine de ces paradoxes où les applications les plus chères ne sont pas forcément celles qui ont le plus de valeur, et inversement…
A ce stade, vous vous demandez probablement comment gagner des millions alors qu’il ne reste plus qu’un paragraphe et que l’on n’a toujours pas vu le talon d’un billet de tombola. C’est pourtant très simple. Même s’il ne se positionne pas comme vendeur de centre de services ou acheteur de prestataires spécialisés dans un marché en consolidation, le DSI peut utiliser la méthode de valorisation synthétique pour réunir des acteurs souvent cloisonnés, et les faire dialoguer pour aboutir à une vision partagée du Système d’Information. Combien vaut l’alignement des idées des utilisateurs, des maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, exploitants et fournisseurs ? C’est-à-dire que vaut pour l’entreprise des gens travaillant mieux ensemble ?
Des millions en actif immatériel. Je vous l’avais dit.
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[1] Lire « Une Politique pour le Système d’Information – Descartes, Wittgenstein, XML », éd. OCTO. ISBN 295258950X Trackbacks

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