Web2.0 ou Web 1.1 ?

Publié: 12 avril 2007 dans Billet d'humeur
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L’acronyme « web 2.0 » semble s’être imposé en désignant une réalité au spectre assez large. Le quidam peut légitimement s’interroger sur le rapport entre des technologies améliorant l’interaction homme machine sur internet et des modèles économiques à base de réseaux participatifs. On lui explique qu’il dispose de nouvelles possibilités dans son navigateur internet qui l’aident à « enrichir » son expérience comme par exemple le rafraîchissement automatique de zones de l’écran, l’aide à la saisie, le glisser-déposer. Problème, il s’agit plus d’une redécouverte que d’une réelle innovation : ces techniques sont apparues avec les interfaces fenêtrées dans les années 80…

Chronique parue dans 01 Informatique du 13 avril 2007

Miroir de ces techniques sur le poste de travail, les services web offrent la possibilité d’interroger des fournisseurs sur internet et d’en assembler les réponses à sa guise : à gauche, la liste des films par salle, à droite, la situation géographique des salles, au centre l’avis des internautes. Ces nouvelles techniques permettent d’afficher dynamiquement sur son écran les salles les plus proches ou les films vraiment drôles diffusés là où il ne pleut pas. Là encore j’observe le scepticisme qui vous envahit : quoi de neuf ? Un ordinateur client qui interroge un ordinateur serveur ? Je devais regarder le quatrième épisode de Goldorak en buvant mon Tang et grignotant du Galak quand un ingénieur d’IBM a inventé ça. Certes.
Mais le phénomène est plus profond. Imaginez : Christophe Colomb qui découvre l’Amérique en 1492. Quinze ans plus tard, la route des alizés est balisée. Des navires transatlantiques à peu prés sécurisés l’empruntent pour un dixième du prix d’une caravelle, et le Lisbonne-New-York est à la portée de l’orpailleur ou du négociant. Appelons cela la dynamique du standard, la banalisation.
Sur internet, cette banalisation technique entretient deux développements économiques intéressants. Premièrement la location de services informatiques sur étagère (« software on demand », ou « Application Service Provider » en dialecte pré-bulle internet) : outils bureautiques ou collaboratifs personnalisés, mais aussi outils de gestion commerciale ou administrative. Avec des exemples comme Google ou Salesforce. Le deuxième développement économique concerne l’emploi de l’utilisateur comme contributeur, et non plus uniquement comme spectateur. Ce dernier est incité à l’échange, à l’enrichissement d’informations. Il échange des fichiers popularisés par Napster, il participe à des blogs, des wikis comme Wikipedia, à de la vidéo sur Youtube ou encore à de la photo géolocalisée sur Google Earth s’il gère ses albums avec Picasa… Il participe au Web2.0. C’est à travers lui que le petit groupe de rock anglais Arctic Monkeys ou Kamini, un chanteur français créateur de la mouvance Hip Hop rural, s’écoutent plus que Madonna (ou presque, ou bientôt).
Vu du grand public, le Web 2.0 est synonyme de simplicité et de confiance. On y trouve des services exploitant des données qui s’enrichissent par les visiteurs, grâce à une interaction simple, et qui font confiance à leurs utilisateurs pour développer de nouvelles fonctions en proposant des modèles de développement simples [1].
En entreprise, la donne est extrêmement différente. Confiance et simplicité ne sont pas les attributs principaux d’un quidam du CAC40. La gangue de complexité qui enveloppe les standards officiels des services web [2] et la méfiance avec laquelle toute DSI digne de respect verrouille définitivement les postes de travail des utilisateurs en sont les stigmates apparents. Ouf, le moindre larbin au marketing ou au back-office aurait pu innover. Au lieu de cela, il devra invoquer l’artillerie technologique lourde, les hordes de contrôleurs et la cavalerie de spécialistes.
Les principes structurels du Web2.0 s’opposent donc farouchement à la culture du contrôle et de la spécialisation dominante dans les grandes entreprises. La plupart d’entre elles en resteront longtemps au Web 1.1, avec un nouveau navigateur Web, les autres accepteront de profonds changements dans leur vision des « ressources humaines », en libérant par exemple la créativité des utilisateurs sur un poste de travail ressemblant plus à un ordinateur familial ouvert qu’à un terminal 3270 … mais il s’agit là d’un choix d’entreprise, pas de la DSI.
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[1] Tissages de liens entre contenus (liens, rétroliens, flux RSS), services REST réutilisables aisément (vous avez vu le nombre de comédies poussives autour de chez moi ?), langages de scripts Web comme PHP ou Grails.
[2] Protocoles WS-* : WS-security, WS-Business Activity, WS-MetaData Exchange …

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commentaires
  1. switcherdav dit :

    « mais il s’agit là d’un choix d’entreprise, pas de la DSI. »

    Certes, cependant c’est aux informaticiens de proposer une vision nouvelle et d’oser.

    « qui ose gagne »

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