Startup d’état, méfiez vous des contrefaçons ..!

Publié: 25 septembre 2014 dans Actualités, Bureaucratie & Débureaucratisation, DSI, Management
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Comment ont donc été fabriqués dans l’état des outils aussi divers que data.gouv.fr, Marchés Publics Simplifiés, ou mes-aides.gouv.fr ? Saviez-vous qu’il s’agissait toujours d’équipes de 4 personnes et de mise en marché en moins de 6 mois. Etonnant non ?

Plus vraiment. Car nous avons développé une méthode, inspirée des méthodes agiles, du mouvement lean startup, et de recettes de ma grand-mère dont je vais finalement vous dévoiler les secrets pour que l’on cesse une fois pour toutes de me harceler à propos de ce qu’est une startup d’état, et comment faire, et combien ça coûte, et ma femme va-t-elle revenir ? Alors avant que des cabinets de conseil ne galvaudent le concept en 150 slides, avant que de consciencieux bureaucrates adeptes malgré eux du « il faut que tout change pour que rien ne change » ne reproduisent sous couvert d’innovation les pratiques séculaires du management diviser & contrôler, voici une checklist qui vous permettra de distinguer immédiatement une startup d’état d’une contrefaçon.

Chercher un innovateur pas une innovation

Seul un intrapreneur sincèrement indigné par une situation imparfaite, un irritant pour les usagers ou les agents publics, pourra prendre le risque de se lancer dans une innovation radicale. Les conservatismes légitimes du système réclament un engagement, une opiniâtreté et un sens du dialogue tout particulier. Relisez cette phrase 4 fois s’il vous plait. Relisez-là encore, car vous êtes encore en train de faire l’inverse, je vous vois lister des problèmes, récolter des idées, inventorier des solutions, convoquer des groupes de travail, effectuer un premier chiffrage … STOP. Cherchez un indigné.

Fabriquez votre slogan

Pourquoi est-on là ? Que diront les gens quand le produit sera disponible ? Ces quelques lignes, au maximum une page A4, constitueront le cahier des charges du produit. Il n’y aura désormais plus d’autres documents entre le code et les besoins. Exemples : « Candidatez à un marché public avec votre numéro de SIRET », « Partagez, Améliorez et Réutilisez la donnée publique« , « Simulez tous vos droits en ligne » …

Invitez un groupe de travail ouvert

Vous avez votre chef produit ? Qu’il recrute dès le lendemain un groupe de travail ouvert : les clients et les partenaires du futur produit se réuniront toutes les 1 ou 2 semaines pour une démonstration et une discussion sur les orientations à prendre. Les personnes présentes tirent leur légitimité de la connaissance du sujet et auront pouvoir de décision sur le produit. La startup accepte donc l’idée que ce n’est pas celui qui paye qui décide, mais bien ceux qui utiliseront qui décident.

Garantissez une stricte autonomie

L’équipe, colocalisée, dispose de ses propres matériels, de son accès Internet. Elle choisit ses technologies et ses solutions d’hébergement. Elle ne dépend d’aucune facilité transversale : achats, informatique, RH, communication et répond directement au politique qui l’a demandé ou à son représentant direct (membre du cabinet, directeur d’administration, président de collectivité ..).

Elle recherche le chemin le plus court pour mettre en production un outil utile à des premiers usagers. Pour limiter les risques d’échouer, évitez de mettre sur le chemin critique de la mise en marché des changements organisationnels, des changements dans le droit, ou encore des réalisations chez les autres… Tant-pis si le service est un peu moins bien que si vous possédiez une baguette magique. Car vous n’avez pas de baguette magique.

Design to cost (vs cost to design)

Pour éviter l’effet Parkinson « Work expands so as to fill the time available for its completion », il faut se fixer des deadlines dures. N’acceptez pas plus de moyens, vous importeriez du risque ! Quelque soit le sujet, une startup = 4 personnes et 6 mois. 1 chef de produit (fonctionnaire, haut-fonctionnaire, conseiller territorial ..), 1 coach numérique (entrepreneur, expert lean startup et écosystème web), et 2 développeurs senior. Soit moins de 200 000€ sur 6 mois pour une mise en marché. Le recrutement des développeurs est facilité par la légitimité de votre action qu’illustre votre slogan et la liberté de travail en méthode Agile, au contact direct des usagers.

Barbare tu es, rentier tu deviendras

Une startup qui ne trouve pas son marché en 6 mois doit être dissoute, c’est pourquoi des CDD de 6 mois sont souvent proposés aux premiers développeurs informatique. A l’inverse, il faut préserver l’équipe de produits qui trouvent leur marché.

Après la phase de croissance suivra une phase de consolidation, puis souvent une phase d’intégration dans une administration cible. En effet, le contexte initial de recherche de débouchés impose une agilité maximale, tandis qu’avec le succès et l’augmentation des usagers, cette exigence glisse peu à peu vers des enjeux de sécurité et de fiabilité. Ce processus global prend entre 18 et 36 mois après le lancement.

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commentaires
  1. Quels sont les rôles du « coach numérique »? si je comprends bien c’est le « capitaine » des techniciens, qui peut à la fois leur prêter main forte si besoin, traduire leur langue barbare aux oreilles d’un profane, et officier en tant que « scrum master » ?

    Et le fait de parler de CDD pour les développeurs implique qu’il n’y a pas de prestataires dans ce modèle ?

    En tout cas merci de partager tes recettes avec tant de légèreté et d’esprit.

    /Michaël

    • Il s’agit essentiellement de coaching agile, scrum master si tu veux, mais je me méfie de ce label … Le coach veille à ce que l’intrapreneur applique les techniques de l’incrémental, de l’itératif, de l’allègement maximal du chemin critique qui mène à la mise en marché.
      Côté CDD, c’est le véhicule pour l’instant le plus courant. On dispose également de prestations, mais les marchés publics sont une matière à forte latence, donc compliquée à utiliser. Nous allons essayer de recréer un espace de marchés publics pour les indépendants, car au fond rien ne nous l’interdit si on se débrouille bien… KYP.

  2. barbules dit :

    Très intéressant. Je vois cependant un point dur dans le dernier paragraphe: préserver l’équipe initiale et intégrer dans un processus plus cadré. Il me semble que ce n’est pas les mêmes goûts, les mêmes capacités qui sont à l’action dans ces deux phases, donc surement pas les mêmes personnes. Et si l’équipe agile doit passer la main, cela voudrait probablement dire qu’elle passe à un nouveau projet et donc: CDD de 6 mois, insécurité, difficultés d’intendance diverses (logement…),… Ce qui voudrait dire qu’on maltraite d’une façon systémique ceux qui rendent le plus possible des évolutions nécessaires?

    • Je vais préciser.
      1/ Il ne s’agit pas « d’intégrer un processus plus cadré » (comprendre industriel, aka diviser & contrôler), mais au contraire préserver une équipe responsable du développement et de l’exploitation (devOps), mais au service d’un contexte qui change
      2/ Il est néanmoins exact que sociologiquement, les sprinters font rarement des coureurs de fond, et qu’à chaque transition, des membres de l’équipe vont être remplacés.
      3/ Bien que l’insécurité soit le cadre je l’assume, le portefeuille de startups étant en croissance, tous les développeurs qui l’ont souhaité ont jusqu’à présent conservé leur emploi.

      • JUNDT dit :

        Bien qu’ayant 65 ans.. je suis emballé par ce que je lis dans l’Obs cette semaine vs concernant.

        Sans rapport direct avec la discussion ici, (scusi, pas trouvé de lien  » contact » direct) je voudrais vous donner un exemple absolument hallucinant d’USINE à GAZ bien française dans le domaine des VINS : le fameux « CRD » capsule pour récolter les droits d’accise et toute la démentielle machinerie y afférente ..je n’entre pas dans les détails j’ai travaillé dans le vin pdt 25 ans si cela vous intéresse me contacter
        merci & cordialement JMJBEST

  3. notarianni dit :

    Hello Pierre,

    Très belle synthèse, comme d’habitude 🙂

    De mon coté je travaille également en ce moment dans une bureaucratie, mais du secteur privé (une entreprise du CAC40). Tout comme toi, nous cherchons a « startup-iser » le SI et a accélérer la création de valeur pour les usagers. La taille du SI est suffisament grande pour que nous ayons une large palettes de projets, de technologies et de modes d’organisation.

    Au milieu des applis bureaucratisées, sclérosées et couteuses, il y a quelques pépites construites dans un mode proche de celui que tu décris. Ces applis sont indéniablement des succès autant du point de vue de ceux qui les utilisent que de celui de ceux qui les construisent.

    J’observe que ces applis ont en commun les éléments suivants, qui rejoignent ceux que tu décris:
    – petites équipes
    – taille d’appli réduite ( peu de dépendances avec le reste de l’organisation

    J’observe également qu’avec le temps, victime de leur succès, ces applis grossissent et deviennent à leur tour des bureaucraties. La taille de l’équipe augmente, la base de code augmente, les dépendances augmentent et 3 ans après, elles sont devenues des problèmes plus que des solutions.

    J’ai l’intuition que pour que s’en sortir, il faut parvenir à garder des tailles d’appli/équipes réduites (des « micro services » pour reprendre un terme à la mode) avec un mode d’organisation facon Spotify.

    Mon problème est de savoir où et comment découper quand ca grossi. Les urbanistes avaient attaqués ce problème en leur temps, à coup de cartographies et de SOA avec le succès que l’on connait.

    Est-il possible de proposer des « patterns » qui fonctionneraient mieux? Des heuristiques que pourraient suivrent nos « petites équipes », pour éviter de retomber dans ces pièges?

    Si c’est un sujet qui t’interesse, j’en discuterai de vive voix avec toi avec grand plaisir 🙂

    • Combien de ces équipes ont encore un slogan après 3 ans ? C’est souvent cette dilution, cette perte de sens auxquelles sont confrontées ces équipes. Le leader originel parti, il y a souvent rupture mémorielle sur le Pourquoi ? Et peu d’équipes prennent le temps de revisiter leur objet social régulièrement : à quoi puis-je être le plus utile pour mes usager ? J’y vois une raison fondamentale.
      Cet alignement collectif fait que l’on peut faire échouer des petites équipes et réussir des grosses. Google et son « organiser l’information à l’échelle mondiale et de la rendre universellement accessible et utile » en est une cinglante illustration.
      Au plaisir d’échanger sur ces tristes tropismes .. 😉

  4. Sylvain dit :

    « Les conservatismes légitimes du système réclament un engagement, une opiniâtreté et un sens du dialogue tout particulier. » « cherchez un indigné »

    A qui s’adresse cet injonction à chercher l’indigné?

    Aux « praticiens séculaires du management diviser & contrôler » ? Ceux-là ne cherchent qu’à éteindre toute indignation… l’ « intrapreneur » peut-il émerger autrement que du haut des silos ?

    • oui, c’est toute la difficulté. Visite du Secrétaire Général du Gouvernement aujourd’hui, qui acquitte la nécessité d’encourager ces trajectoires RH en offrant des zones d’autonomie et de responsabilité. Cela doit effectivement partir de haut pour pouvoir se heurter aux pouvoirs en place, qui ne perçoivent pas forcément tous cette nécessité d’innover dans les services administratifs.

  5. […] Direction Générale de Pôle Emploi a décidé de lancer deux startups d’état, pilotées par des agents sélectionnés à la suite d’un challenge […]

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  7. […] projet de Base Nationale ERP est réalisé en mode startup d’état, c’est à dire qu’il obéit à un certains nombre de principes […]

  8. […] chacun à noter une course, Le.Taxi – récente réalisation du gouvernement en mode startup d’état – encourage l’auto-régulation par la qualité […]

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