Vive les entrepreneurs !?

Publié: 30 novembre 2015 dans Actualités, Uncategorized
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Les entrepreneurs sont à l’honneur, l’air ambiant est saturé d’entrepreneuriat, d’incubateurs, de pépinières, de startups .. à tel point que l’on se demande si à 20 ans, il ne vaut pas mieux avoir réussi une levée de fonds de 3000€ sur KissKissBankBank pour financer un pommeau de douche éco-responsable qu’avoir réussi Polytechnique. Il y a 30 ans, le métier le plus glamour était trader, aujourd’hui c’est entrepreneur.

Parmi eux, les entrepreneurs à la tête de startups numériques, inspirés par les opportunités immenses qu’offre la transformation social/partout/tout de suite de tous les modèles économiques, sont les plus visibles : des historiques Meetic, PriceMinister ou Free aux plus récents Blablacar, WiThings ou encore SigFox qui connecte tous nos objets. Après le marché de la publicité dévoré par Google, Facebook ou Criteo, ce sont ceux du transport (Uber, Blablacar, Heetch ..), du logement (AirBnb, BedyCasa ..) ou de la musique (Deezer, Spotify, ..) qui se déclinent en applications mobiles, sociales, offrant un service immédiat, souvent à meilleur rapport qualité/prix que l’offre historique.

Mieux, de l’intérieur même des entreprises – voire des administrations pour ce qui me concerne – émergent aussi des “intrapreneurs”. Déterminés à renouveler les pratiques de leur organisation, ils découvrent la difficulté d’opérer des transitions culturelles qui bousculent profondément les ordres pyramidaux établis. La culture du diviser, commander, contrôler est difficilement miscible avec celle, collaborative, confiante et ouverte, du Web. La société du care, de l’attention portée aux autres que réclame ces nouveaux modes d’organisation, ne se décrète pas comme l’avait imaginé Martine Aubry en 2010, ni dans les services publics ni ailleurs. Wikipedia n’est pas issu de la transformation de l’encyclopédie Larousse en éditeur ouvert à l’expertise citoyenne, mais le fruit d’une pensée nouvelle, mêlant structurellement consommateurs et producteurs dans une alchimie renouvelée de la confiance.

Ainsi l’entrepreneur est glamour. Il ne gagne pas d’argent, il résout un problème avant tout. Pour Nicolas Colin, associé chez une importante société d’investissement Parisienne, trois ingrédients sont nécessaires à un écosystème entrepreneurial : du capital, du savoir-faire, mais aussi de la révolte. Loin du simple désir d’argent qui caractérisa les années 80, l’entrepreneuriat vise désormais à résoudre les problèmes de notre société.  La profitabilité devient une contrainte, pas un but.

Mais plus elles sont invoquées, plus les valeurs de l’entrepreneuriat social, de l’économie sociale et solidaire, de la triple bottom-line (c’est à dire résultats économiques, sociaux et environnementaux positifs), moins elles sont une réalité. Mutualistes et coopératifs au début du XXe siècle, ces 10% “social et solidaire” du PIB servent désormais surtout à habiller des oripeaux du gentil des commerçants ordinaires aux pratiques identiques à celle du reste de l’économie capitaliste. Les centres d’appel du Crédit Agricole vendent autant de Blackberry à des personnes âgées que ceux de la BNP !

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Ce tropisme qui fait de nous tôt ou tard des défenseurs de notre activité après avoir été les champions d’une cause, guette aussi tous les entrepreneurs. De ce point de vue, l’Uberisation de notre économie, avec des travailleurs sans protection sociale livrés à des plates-formes dominantes – winner takes all oblige – et fiscalement ingrates, ne peut pas servir de modèle unique à une génération d’entrepreneurs. Un tel futur ferait de nous des esclaves manipulés par nos big data, nos conversations polluées par des outrages commerciaux de plus en plus insidieux, provoquant une méfiance généralisée dans nos interactions sociales, désormais au centre du commerce.

Quant à nos politiques publiques, elles ne peuvent plus se tenir à l’écart du mouvement numérique. L’informatisation a trop longtemps été l’alibi d’une triste reproduction des pratiques administratives derrière un vernis technologique. Méfiance, cloisonnement, et si nous dessinions des systèmes qui disent l’inverse ? Et si plutôt qu’accumuler à l’infini des réglementations, nous nous tournions plus résolument vers l’objectif réel, la régulation ? Exploiter les possibilités énormes des données produites par les usagers, comme a pu le théoriser Tim O’Reilly, permettrait par exemple de préserver enfin l’intérêt général sans convoquer de nouveaux fonctionnaires ou de formulaires Cerfa. Signaux faibles de ce changement : en  autorisant chacun à noter une course, Le.Taxi – récente réalisation du gouvernement en mode startup d’état – encourage l’auto-régulation par la qualité  …

Le futur appartient aux audacieux. Plus qu’une “Uberisation” généralisée de notre économie, peut-être auront-ils l’intelligence et l’audace de tenter sa “Wikipedisation”. Une transition aux mêmes attributs social/partout/tout de suite, mais fondée sur des bases éthiques renforçant la confiance, le partage et l’entraide dans nos sociétés : des outils simples, pauvres et transparents. A la mesure du génie humain.

Ce texte est la préface du livre blanc « 80 #PortraitDeStartuper »

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commentaires
  1. Morel dit :

    et si les entrepreneurs s’appliquaient à eux même, les précèptes qu’ils vendent… ce serait effectivement un vrai levier. Malheureusement, ce n’est pas le cas… y compris dans l’Etat. Où ce n’est que cloisonnement, prédation, prétention, petitesse d’esprit, non écoute, incapacité à appliquer quelques règles de bases, etc.
    Le problème c’est que ce mode de fonctionnement « startup », tel qu’il est pratiqué, et pas la théorie, en dehors du fait qu’il n’est pas si éloigné de certaines pratiques de grandes organisations, n’est pas scalable.
    Il faut trouver et inventer autre chose !

  2. Hasnae B dit :

    Cela reste une aventure risquée. Mieux vaut garder son statut de salarié tout en s’aventurant dans l’enreprenariat… Au moins au début au cas où ça marche pas

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