Numérique, comprendre & agir : le pack de Noël

Publié: 21 décembre 2014 dans Actualités, Bureaucratie & Débureaucratisation, Management
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Je profite de l’édition numérique de l’Obs sur « ces barbares qui veulent débloquer la France » pour offir à ceux concernés par la transition numérique, mais aussi et surtout aux déçus, aux revenus de tout, qui ne savent plus trop quoi faire dans leur entreprise ou dans leur administration pour faire évoluer les choses, une idée cadeau sous la forme d’un trio d’ouvrages qui va éclairer l’incroyable perspective historique et philophique que nous offre ce moment (Michel Serres), les conséquences pour les entreprises et leur nécessaire transformation en « plateformes » (Nicolas Colin, Henri Verdier), et enfin les moyens concrets d’enclencher de tels changements dans les grandes organisations (Pierre Pezziardi).

Petite poucette, Michel Serres, éd Le Pommier

Qu’on le veuille ou non, nos sociétés se distinguent par la capacité des générations à capturer le génie de leurs aînés et à y ajouter le leur. Cette capitalisation induit une accélération qui nous mène dans une phase d’imprédictibilité totale. Petite poucette n’a pas connu de monde sans accès immédiat à l’information, à la culture, à ses communautés. Cette révolution numérique, comparable dans sa portée à la révolution de l’imprimerie où « tout homme est pape avec Bible à la main », renvoie énormement de pouvoirs et d’aptitudes aux individus, faisant voler en éclat l’ordre pyramidal millénaire et sa séparation penseur / faiseur, et dessinant de nouvelles appartenances au delà des modèles classiques d’entreprise, de famille, de corporation, de sexe ou d’âge.

L’âge de la multitude, Nicolas Colin & Henri Verdier, éd. Armand Colin


Ou l’art d’embrasser cette révolution pour les acteurs économiques et les pouvoirs publics : l’entreprise « plateforme » devenue communauté de réutilisateurs dans une symbiose de moyens et de partages. Comment susciter, capter et redistribuer la créativité de la multitude pour devenir un géant de l’économie numérique, qu’elle soit publique ou privée.

Mais quel gouvernement ou quelle grande entreprise saura s’en saisir ?

L’ordre sans le pouvoir, la débureaucratisation par la confiance, éd Fondapol

Le chaînon manquant, car le dire c’est bien, le faire c’est encore mieux. Or trop souvent les empires ne se transforment pas, ils s’effondrent. C’est triste et pourtant toute administration ou entreprise du CAC40 doit se sentir bien loin des codes des plateformes, de l’économie ouverte, de la confiance en la multitude, ayant déjà du mal à faire confiance à leurs propres employés !

Effectivement, rien ne sert d’essayer de transformer leurs produits, si elles ne transforment pas leur process. Les grands plans, les gros projets, les lois et les décrets n’y feront rien. Nous devons embrasser une autre culture, passer du diviser/commander/contrôler au autonomiser/engager/faire confiance et au passage accroître notre tolérance à la diversité.

Plutôt que de classiques plans conformistes et dispandieux, autorisons des paris disruptifs mais peu risqués en offrant à des faiseurs issus du système l’autonomie d’agir. L’état doit montrer la voie s’il souhaite y engager son économie. Rien ne l’empêche de troquer du contrôle contre de la transparence. Rien ne l’empêcherait par exemple de lancer, vers des foyers volontaires, simple.gouv.fr pour prélever l’impôt à la source et verser les prestations sociales au plus proches des revenus, capturés en flux numériques permanents … mes-aides.gouv.fr a été réalisé en 6 mois, pourquoi ne pas passer à la vitesse supérieure et offrir un choc de simplification dont la puissance symbolique pourrait engager le reste de l’économie ?

Bonnes lectures, et très joyeuses fêtes à tous !

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commentaires
  1. Bonjour,

    J’aimerais savoir en quoi pensez-vous que ces lectures vont permettre aux lecteurs de savoir comment faire évoluer les choses dans les entreprises ?

    Ou alors il faut laisser ces cadeaux anonymement devant la porte de chaque manager ? 🙂

    Ces lectures vont à l’encontre du pouvoir en place. J’ai peur de penser que ces livres feront bouger les choses. J’ai comme l’impression que les moyens d’action sont plus subversifs ou radicaux.

    • C’est normal, ils sont pour vous 😉
      Ce qui est réjouissant, c’est que nous réalisons déjà des startups d’état. C’est une réalité.

      • Si ces livres s’adressent à moi, qu’est-ce que j’apprendrais de plus par rapport à des livres comme « How to change the world » ou « Management 3.0 » ? à des mouvements comme MOM21, Stoos Network ou The Family ?

        Question plus terre à terre: Combien de revenu génère ses startups d’état afin de pouvoir se rémunérer et survivre ?

        Et enfin quel rapport entre créer une startup d’état voir une startup tout court et faire évoluer les choses dans son entreprise, proposition de départ de l’article ? 🙂

      • Et enfin quel rapport entre créer une startup d’état voir une startup tout court et faire évoluer les choses dans son entreprise, proposition de départ de l’article ? -> lisez la note Fondapol svp.

      • Bonjour, j’ai l’impression qu’il est urgent de rattraper notre retard numérique en France, et les livres présentés sont de très bons outils pour franchir ce pas. Il ne faut pas hésiter à les parcourir. Choukri Chaouch

  2. Negaret Patrick dit :

    Merci Pierre d’inciter nos contemporains à ouvrir les yeux pour comprendre le monde qui nous entoure.Mais que le chemin est long et semé d’embûches !

  3. cyrille dit :

    Bonjour Pierre,
    Je ne suis pas aussi enthousiaste à propos de « Petite poucette ». Oui pour l’aspect « accéder à l’information », intolérance à la culture du secret de ceux qui sont en haut de la pyramide.
    Non, je ne pense pas qu’en mettant une tablette dans les mains d’un gamin trop jeune on obtienne un citoyen capable de se concentrer, organiser, trier, hiérarchiser l’information. J’ai peu d’enthousiasme pour ce mouvement qui croit pouvoir remplacer l’éducation de 0 à 10 ans par la distribution d’ordinateurs portables. Je trouve Michel Serres un peu rapide pour croire que Petite Poucette aura le meilleur de l’éducation à l’ancienne ET les avantages du monde numérique. Il me semble manquer quelques conditions nécessaires pour obtenir le résultats qu’il nous prédit.
    Bonnes fêtes.

    • Je n’ai pas lu une telle orthodxie dans ses propos. L’écriture cursive, le dessin, l’art, le travail en groupe sont des mécanismes qu’il faut continuer à encourager et certainement pas remplacer par des tablettes ! Les idéologues qui veulent des « tablettes pour tous » sont d’ailleurs souvent plus des conservateurs sournois qui répliquent strictement les codes de l’école (cours magistral, contrôles, notes) avec un outil numérique, pas ceux qui la voient évoluer vers d’autres codes : MOOC à la carte, auto-contrôle, entraide par exemple …

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