28 juin 2021. La justice administrative a tranché. Dans le différend qui opposait ma société Informatique Conviviale Conseil à la Direction Interministérielle du Numérique (DINSIC) sur le règlement de son dernier bon de commande, les magistrats ont jugé. Les entrepreneurs associés qui accompagnaient les Startups d’État beta.gouv.fr ne seront pas payés de plus de deux mois de travaux, et quatre me concernant.

Mais que s’est-il passé ? Depuis 2013, nous avons inauguré une nouvelle méthode pour résoudre des problèmes de politique publique avec le numérique : permettre à des équipes autonomes emmenées par des agents publics de construire des solutions et les faire passer à l’échelle progressivement sur le territoire national. D’où le terme Startup d’État, renvoyant à trois valeurs : autonomie, obsession de l’impact (quitte à trahir le plan initial) et amélioration continue. Précisément l’exact opposé de la méthode projet classique : hétéronomie dans des silos de responsabilité, obsession du plan (quitte à trahir l’impact initialement recherché), mode projet puis maintenance. Six ans plus tard, on dénombrait plus de 100 équipes obéissant à cette logique, et pas 100 sociétés privatisant le service public comme certains pourraient le penser.

Le marché public que nous avions remporté nous permettait de mobiliser des « entrepreneurs associés », qui formaient les binômes d’agents publics « intrapreneurs » recrutés par appel, non pas à projet, mais à irritant. Les meilleures Startups d’État ont invariablement été celles qui s’attaquaient au problèmes les plus douloureux : non recours au prestations sociales, assignation à résidence culturelle, isolement des demandeurs d’emploi, lourdeurs administratives, etc …

Décembre 2013. Henri Verdier, directeur d’Etalab, présente à Matignon la nouvelle version de data.gouv, montée en 6 mois chrono par Emmanuel Raviart et Axel Haustant.

Février 2015, Premier anniversaire de Marchés Publics Simplifiés au Salon des Entrepreneurs. Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à la Réforme de l'État et à la Simplification au micro, et Philippe Vrignaud bras croisés. 

Octobre 2015, Elysée. Jérôme Desboeufs et Arnaud Kleinpeter, au fond, Anne-Laure Michon, au plaidoyer. On notera au passage l'exceptionnelle cohésion vestimentaire des 3 geeks de l'équipe, dont Pierre Pezziardi au premier plan.

Premières démos de LaBonneBoite et LaBonneFormation devant la ministre du travail Myriam El Khomri. De gauche à droite, Jean Bassères, Pierre Pezziardi, Régis Gréau, Tommy Jarnac, Ismaël Héry (entrepreneur associé) et Mme la Ministre.

Eric Barthelemy, LaBonneBoite, 30% du marché de l’emploi, ce sont des candidatures spontanées !

Christophe Bonraisin, LaBonneFormation, première promotion de Startups d’État à Pôle Emploi.

Novembre 2014, Matignon, Pierre Dubuc d’OpenClassRooms, Pierre Pezziardi pour les Startups d’État dans le cadre des jeudi du numérique organisés par la Secrétaire d'État chargée du Numérique, Axelle Lemaire.

Avril 2015, inauguration de la Base Adresse Nationale. de gauche à droite : Daniel Bursaux, DG de l’IGN, Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat, Philippe Wahl, PDG de La Poste, Christian Quest, président d’OpenStreetMap, et Henri Verdier, Directeur d’Etalab.

Juillet 2015, Pierre de Maulmont, animateur du collectif Open Academie, reçoit le prix de l’innovation de la ministre Najat Vallaud-Belkacem.

Mars 2016, lancement officiel de la plateforme le.taxi par le Ministre des Transport Alain Vidalies, André Dorso aux côtés du ministre.

Najat Vallaud-Belkacem présente PIX en conférence de presse lors du salon de l’Education en novembre 2016. 
Nathalie Denos et Benjamin Marteau qui ont porté à bout de bras le bébé, devenu un GIP.

Mai 2017, recruter sans CV grâce à Maintenant! se déploie en Corse avec Lauren Michel et Raphaëlle Gaillard.

Décembre 2017, premier atelier pass Culture avec les jeunes de la MC93 Bobigny.

Février 2018, le pass Culture en visite en Guyane au contact des jeunes avec Françoise Nyssen, Ministre de la Culture, Pierre Pezziardi au centre et Sébastian Sacchetti au selfie.

Mars 2018, Démarches Simplifiées fête son millionième dossier. De gauche à droite, Philippe Vrignaud, Ivan Collombet, Henri Verdier, Gregoire Novel, Mathieu Magnin, Camille Garrigue, Simon Lehericey, Mounir Mahjoubi, Paul Chavard et Benjamin Doberset.

Mai 2018, remise du prix Acteurs publics à Fatiha Amrouche pour la Startup d'État monProjet ANAH

Septembre 2018, Le Monde s’invite à notre réunion hebdomadaire : Ishan Bhojwani inspiré par les données publiques de transport, Hela Ghariani au premier plan. 

Pierre Pezziardi défend le jeune pass Culture

Thomas Guillet sur mes-aides.

Mega standup avec les stagiaires de la formation Alpha. Laurent Bossavit bras croisés au fond au centre.

Avril 2019, signature de la généralisation de Signaux Faibles par Thomas Courbe, Directeur général des entreprises, François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, Carine Chevrier, Déléguée générale à l’emploi et à la formation professionnelle, Nadi Bou Hanna, directeur interministériel du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat (DINSIC) et Yann-Gaël AMGHAR, directeur de l’ACOSS. Stéphanie Schaer aux manettes en coulisses.

5 juin 2019, Assemblée Nationale, les coachs betaGouv avec Serge Bossini, conseiller du Président de l’Assemblée Nationale au centre. Au premier plan, Inès Hijazi, Marion Février, Florian Delezenne et Hela Ghariani

5 juin 2019, Assemblée Nationale, Cédric O, Ministre du Numérique, au milieu des intrapreneurs des collectivités

Septembre 2019, lancement par Emmanuel Macron du pacte ambition pour l'Insertion par l’Activité Economique, acte de naissance de la plateforme de l’inclusion.

Florent Facq et Clémence Chalopet : qui de mieux que les usagers pour améliorer le produit ?

Février 2020, des jeunes invités aux César par Isabelle Giordano, présidente du pass Culture

Mars 2020, Thibaut Guilluy nommé Haut-commissaire à l’inclusion dans l’emploi et à l’engagement des entreprises par Emmanuel Macron et Murielle Pénicaud.

Août 2020, Daniel Balmy présente A+ devant Amélie de Montchalin, Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques
Quelques belles célébrations des succès des innovateurs publics

Mais on ne peut guère en vouloir aux juges. Il ne s’agissait pas du procès de la bureaucratie. Dans l’état du droit administratif, nous n’aurions pas dû engager des moyens humains sans bon de commande dûment validé. C’est triste pour mes collègues Ivan Collombet, Damien Dufourd, Jihane Herizi, Clément Chapalain, Antoine Haguenauer, Raphaël Pierquin, François-Joseph Grimault et Inès Hijazi qui auront travaillé deux mois sans rémunération. Mais il se trouve que la cavalerie – engager des personnes pour lancer des Startups d’État avant d’obtenir tous les visas administratifs – que nous pratiquions par la force des choses depuis 2014 pour faire tourner l’incubateur de politiques publiques beta.gouv.fr a été un choix assumé pour développer dans l’État une culture d’entrepreneuriat à laquelle nous croyions, dès lors que nous ne pouvions espérer résorber les délais importants qui séparaient chaque décision politique des visas de leurs administrations. À l’époque, Jacques Marzin, alors DISIC, avait lui-même mis sa démission sur le tapis pour obtenir la signature du marché France Connect ! Le SGMAP dont dépend la Direction Informatique de l’État est une machine doublement administrée avec trois niveaux de contrôle, ôtant en réalité tout pouvoir aux « directeurs ». Paradoxal pour un véhicule supposé améliorer l’efficacité des administrations, et qui aurait pu au contraire inaugurer un pacte de confiance déplaçant le contrôle budgétaire a posteriori .. Mais non, la méfiance structurelle nourrit une infantilisation à la racine du mal bureaucratique.

Si le PIX ou le Pass Culture sont aujourd’hui des succès, c’est aussi parce que nous avons travaillé très vite, avec des conventions de refacturation et des bons de commande qui ne nous rattrapaient que plusieurs mois après avoir recruté nos équipes.

Mais comme l’illustre bien l’universitaire Philippe Silberzahn, nous n’avons jamais eu pour mission de faire la peau à la bureaucratie. Il ne s’agit pas d’un combat entre gentils réformateurs et méchants réactionnaires. Les systèmes sont le fruit de leurs objectifs, leur histoire et de leurs règles. Les organisations administratives sont avant tout tournées vers la production du service public tel qu’il est, non tel qu’il pourrait être (mieux). L’aversion à l’innovation y est légitimement structurelle. Notre proposition est ainsi de permettre à des équipes de produire des services publics loin du système en place et de sa légitimité propre. Leur logique de fonctionnement – autonomie, responsabilité vis à vis du BUT, et amélioration continue – se diffusant progressivement dans des organisations aux valeurs orthogonales – hétéronomie, responsabilité vis à vis des MOYENS et maintenance – au fil de leur passage à l’échelle.

Plus de 700 personnes travaillent désormais dans ce mode et quelques dizaines de licornes d’État remboursent largement par leur impact l’ensemble de cette dépense : Pass Culture, Démarches Simplifiées, PIX, LaBonneBoite et la demi-douzaine de services ayant soutenu la performance de Pôle Emploi, mes-aides.gouv.fr (devenu Portail National des Droits Sociaux), le service public de l’insertion ou des choses moins visibles comme API Entreprise, tuyauterie numérique qui évite quand même chaque année plusieurs dizaines de millions de pièces justificatives

En 2019, avec Ivan Collombet et Hela Ghariani, nous avons quitté l’incubateur faute d’une ambition renouvelée dans cette méthode, qui, rappelons-le, aurait peut-être permis d’éviter des tragédies comme la réforme des retraites. Mais nous n’avons pas réussi à convaincre que le numérique ne concernait pas seulement la dématérialisation des procédures, mais qu’il incarnait avant tout une culture capable de fabriquer des politiques publiques autrement, dans un monde où rédiger un grand plan truc ou un grenelle du machin ne suffit plus à en garantir la mise en œuvre. L’État doit désormais réapprendre à entreprendre autant qu’à planifier.

Mais le point de non-retour est franchi, non seulement de nombreuses Startups d’État ont inspiré de profonds changements dans l’administration en accélérant leur mutation par effet d’émulation, mais surtout, de plus en plus de personnalités politiques de premier plan ont bien compris qu’elles représentaient une méthode fiable pour concrétiser efficacement des promesses politiques. Nous l’avons réaffirmé dans l’ouvrage collectif Numérique, action publique et démocratie en esquissant ce que pourrait être un incubateur beta.gouv aux ambitions renouvelées… Saluons la mémoire de Jacques Fournier, immense serviteur de l’État, qui nous a quitté récemment et à qui je dois de précieux conseils de rédaction.

En six ans, j’ai beaucoup appris, fait de fabuleuses rencontres, et dans ce moment où trop de voix s’indignent et oublient toute forme de nuance, je tenais à faire partie de celles, bienveillantes, à l’écart de toute forme de colère, qui affirment que l’on peut continuer résolument et joyeusement à transformer le service public, avec ses agents, sans grand plan ni grand soir, et au plus grand bénéfice de ses usagers.

Pour continuer à le prouver, et puisque le service public n’a pas le monopole de l’intérêt général, nous développons aujourd’hui une « startup » de l’économie sociale et solidaire qui s’associe aux collectivités pour y relocaliser une partie de l’agriculture nourricière : la Ceinture Verte !

La bise.

La tourmente dans laquelle est entrée le pass Culture, qui a été une des Startups d’État les plus visibles de beta.gouv.fr, se répand en critique plus générale du modèle, au motif que les Startups d’État n’auraient eu d’autre but que de promouvoir l’alignement du secteur public sur le secteur privé, vieille antienne remise au goût du jour dans un jargon start-up :

A l’heure où plus de 75 Startups d’État se développent dans des dizaines d’administrations centrales et territoriales, plusieurs d’entre elles sont devenues des services publics nationaux reconnus, dont certains viennent d’ailleurs d’être listés dans les « 50 pépites de la Govtech » (PIX, mes-aides, Signaux Faibles et LaBonneBoite). Malgré ces succès alliant frugalité et utilité, le terme Startup d’État, hérisse de nombreux contempteurs de l’action du gouvernement, sur fond d’indigestion de Startup Nation

Mais revenons au début de cette affaire, le pass Culture :

… Faisant fi de la logique des start-up d’Etat selon laquelle un agent public remonte un problème de politique publique pour tenter mieux le cerner puis d’explorer des manières de le résoudre, “le gouvernement est venu nous voir avec un problème de politique publique bien défini, et même la solution” … (Acteurs Publics)

J’ai travaillé pendant 6 ans à l’édification de beta.gouv.fr que j’ai quitté à l’été 2019. Mon objectif personnel était de redonner du sens au travail au sein de l’administration, qui, comme la plupart des grandes organisations, souffre des nombreux maux de la bureaucratie : inefficacité, désengagement, burn-out, bullshit jobs.

Le terme “Startup d’État”, forgé pour faire pénétrer de nouvelles méthodes dans l’administration, date donc de 2013… avant la “Startup Nation”. La note Fondapol « Pour la croissance, la débureaucratisation par la confiance » développait ce concept, que j’avais introduit sur mon blog en avril 2013, inspirée (en creux !) par Fleur Pellerin et ce qui allait devenir StationF…

Avec Henri Verdier nous avons construit la première Startup d’État, data.gouv.fr. Puis j’ai eu la chance de rencontrer d’autres agents publics pour développer des réponses à d’autres problèmes de politique publique (difficulté d’accès aux marchés publics, non-recours aux prestations sociales, à la formation professionnelle, etc.). Mais nous n’avons pas cessé de discuter ensemble et avec les équipes de ce sujet. Nous sentions bien que le terme startup allait laisser une odeur de « privatisation du service public », de « néo-libéralisme », de « recherche de profit plus que d’intérêt général », là où nous ne créions que des équipes obéissant à un manifeste : sens (l’utilité pour les usagers du service public avant les besoins de l’administration), autonomie (de l’équipe face au reste du système) & amélioration continue (l’équipe demeure en charge de la politique publique pour l’adapter).

Dans un post récent, Ishan Bhojwani, un responsable de beta.gouv.fr, appelle ainsi à substituer à la jargonnite Startup un vocabulaire simple, stable, qui ferait plus directement référence à ces valeurs de la communauté.

Équipe produit, expérimentation de politique publique, pratiques auto-gestionnaires, développement incrémental, recherche d’impact, amélioration continue, lutte contre le digital bullshit… on peut cerner le réel, mais il est difficile de toucher en un ou deux mots son essence pour le défendre auprès des décideurs. Faute de trouver mieux dans ces champs d’inspiration, la terminologie Startup d’État a été conservée jusqu’à présent.

Mais à tous les sceptiques qui pourraient penser que cette pensée n’est que l’otage d’un « New Public Management », transposition naïve de pratiques du privé dans le public ou que l’on peut disqualifier d’un revers de main les GAFA (= mal) contre un secteur public (= bien), nous nous devons de poursuivre la déconstruction d’une méthode qui elle même n’est pas un dogme mais un apprentissage collectif, en amélioration continue. Dans un monde où toutes les grandes organisations, publiques comme privées, sont confrontées à un paternalisme autoritaire archaïque, même des plateformes précarisantes et fiscalement ingrates peuvent par certains aspects inspirer des organisations publiques.

Nobody Gives a Hoot About Profit

Dr Edward Deming

La nécessaire polarisation sur l’impact (le sens) a été forgée par des théoriciens des organisations comme Eliyahu Goldratt (auteur notamment de Le BUT, et père de la théorie des contraintes) ou Edward Deming (la principale autorité morale du lean management), qui constatent qu’invariablement, les moyens se substituent aux fins dans les grandes organisations en silos. Cette perte de sens est particulièrement douloureuse dans le secteur public où les gens sont et restent par vocation, par volonté de servir l’intérêt général.

Ivan Illich modélise lui aussi brillamment cette perte de sens par la trahison des « professions dominantes » dans un essai séminal « La convivialité ».

« L’outil simple, pauvre, transparent est humble serviteur ; l’outil élaboré, complexe, secret est un maître arrogant. » Ivan Illich

(le lecteur pourra donc librement placer Chorus, la T2A, les préfectures Nouvelles Génération ou le système de formation professionnelle dans la catégorie la plus adaptée)

La confiance dans des équipes plus que dans des plans a des racines systémiques également (l’impossibilité de dessiner le plan d’un système complexe, largement indéterminé), mais aussi Fourierristes – le mouvement coopératif – racines réifiées par la contre-culture communautaire et auto-gestionnaire de la Silicon Valley (excellent article du 1 à ce sujet) qui a largement irrigué la pensée des informaticiens. 

Mais elle s’inspire aussi des sociologues modernes comme Michel Crozier qui a parfaitement décrit comment les règles du jeu dans les systèmes établis forçaient le statu quo et inhibaient la plupart des innovations en ce qu’elles étaient structurellement perturbatrices du jeu en place. 

Ce constat nous a poussé à imaginer un espace, beta, où ne s’imposent pas toutes les règles du système, pour mieux y revenir une fois la preuve obtenue qu’il est possible de l’améliorer. C’est une pierre angulaire majeure de notre démarche, mais provoque régulièrement la critique : « pourquoi ne pas le faire avec les Directions habituelles ? » « comment prétendez-vous faire mieux que les personnes en charge ? » « nous voulons faire des Startups d’État avec l’organisation en place, pas contre ».

Dans son « Pourquoi j’ai mangé mon père », l’écrivain et économiste Roy Lewis parvient à vulgariser cette double légitimité des conservateurs (« ne touchez pas au système, il marche ») et des innovateurs (« on peut faire mieux, mais il va falloir changer une règle profonde »), mais l’impossibilité structurelle à aligner leurs intérêts au départ : l’inventeur du feu a raison, mais son adversaire a tout aussi raison.

Enfin, de la “startup”, je retiens l’esprit de conquête, ce désir que ce qui a fonctionné à Puy-l’Évêque puisse bénéficier au pays tout entier et au coût marginal le plus faible possible. 

Dans cet exemple, la solution généralisée par pôle Emploi pour aider les entreprises qui ne parviennent pas à embaucher depuis plus de 30 jours va nécessiter 1000 postes supplémentaires. Il n’y avait peut-être pas de meilleure idée, mais dans une approche Startup d’État, l’automatisation de tout ou partie de la valeur ajoutée validée dans l’expérimentation aurait été tentée avant cette généralisation.

On pourra donc dire que le corpus de valeurs qui a inspiré beta.gouv.fr s’apparente à celles du mouvement coopératif (des phalanstères autonomes plus que des silos industriels), à la systémique (appréhender le système dans sa globalité, ses buts, ses goulets d’étranglement, plus que par la somme de ses parties), aux méthodes agiles et leur attention constante à l’usager (des systèmes qui s’améliorent sans fin plutôt que le tragique projet/maintenance des cycles en V), à la contre-culture (l’économie du partage, de Wikipedia à Blablacar, qui fournira ici des Politiques Publiques Participatives), aux rendements croissants des startups (l’utilité pour un usager coûte de moins en moins cher) et à la sociologie des systèmes bureaucratiques (une vision centrée sur les acteurs et leur jeu plus que sur le système et son hypothétique déterminisme en rôles et processus).

L’adaptation du service public, son principe de mutabilité, est inscrit dans le droit public. Pourtant partout, nous constatons qu’il est plutôt en maintenance, et que malgré les nombreux simulacres de mesure de la qualité, aucune dynamique d’amélioration continue n’y est structurelle.

Depuis Michel Crozier, nous savons que le changement ne s’impose ni ne se planifie, il est avant tout un apprentissage collectif. Nous ne savons pas à quel point le mode « phalanstère » peut se développer (verra-t-on des collèges ou des agences pôle emploi autonomes ?) A quel point l’on peut contester les monopoles des grandes fonctions support qui s’imposent à ces unités terrain (verra-t-on plusieurs plateformes pédagogiques autorisées à l’Éducation Nationale ?) ? Dans nos organisations futures, verra-t-on un mix du modèle hiérarchique, paternaliste et autoritaire avec un mode communautaire, ou ces cultures doivent l’une ou l’autre dominer ? A nous de poursuivre ce dialogue fécond, en travaillant d’abord sur le terrain plus que sur celui de l’idéologie.

Tout est contestable dans ce nous avons essayé puisque cela appartient à la sphère publique, mais est-il vraiment contestable d’essayer des méthodes qui renvoient au sens même de l’action publique dans des administrations qui – indépendamment de ce que l’on pense de leur bon niveau de financement – sont rongées par le burnout, le désengagement et les bullshit jobs ?

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La France a déjà surmonté le bouleversement de ce qui semblait constituer le socle même de son identité. La France agricole du XIXe Siècle s’est recomposée en quelques décennies, à travers un exode rural qui s’est poursuivi jusque dans les années 1970. Et si notre identité reste fortement marquée par cette histoire agricole, territoriale, rurale et patrimoniale, il n’en demeure pas moins qu’en moins de 50 ans, 5 millions d’emplois ont été détruits dans le secteur primaire, mais bien plus encore ont été créés dans l’industrie, loin des campagnes, des vallées et des montagnes…. Lire la suite »

Dès 1973, dans son essai séminal « La Convivialité », Ivan Illich nous alertait sur le triste tropisme qui pousse les professions à se rendre insidieusement indispensable, parfois même au point de perdre de vue leur utilité. Ce danger des professions dominantes, qui se traduit dans différentes formes qui vont de la tyrannie des experts (technocrates, juristes, médecins ..), à l’abus de position dominante (éducation, fonctions support dans l’entreprise ..), touche toutes les professions, et pas uniquement les champions comme garagiste ou agent immobilier. Lire la suite »

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Les entrepreneurs sont à l’honneur, l’air ambiant est saturé d’entrepreneuriat, d’incubateurs, de pépinières, de startups .. à tel point que l’on se demande si à 20 ans, il ne vaut pas mieux avoir réussi une levée de fonds de 3000€ sur KissKissBankBank pour financer un pommeau de douche éco-responsable qu’avoir réussi Polytechnique. Il y a 30 ans, le métier le plus glamour était trader, aujourd’hui c’est entrepreneur.

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La nécessité d’innover radicalement au service des usagers se répand dans les administrations.

La Direction Générale de Pôle Emploi a décidé de lancer deux startups d’état, pilotées par des agents sélectionnés à la suite d’un challenge innovation.

Leur but ? Résoudre un irritant récurrent subi par les usagers. Les sujets sont encore en cours de définition, et pourront aller du réseau d’entraide de demandeurs d’emploi, au moteur de recherche intelligent à la Netflix, à une base nationale de formations disponible en Open Data …

Vous êtes un développeur aguerri, désireux de travailler en agile, sur une stack Open Source à définir par l’équipe, pour résoudre des problèmes concrets au service des chercheurs d’emploi ? C’est le moment !

Contact : pierre at pezziardi point net. Réponse à partir du 1er mars, démarrage entre 1er avril et 1er mai. Embauche au tarif du marché en CDD de 6 mois.

Je profite de l’édition numérique de l’Obs sur « ces barbares qui veulent débloquer la France » pour offir à ceux concernés par la transition numérique, mais aussi et surtout aux déçus, aux revenus de tout, qui ne savent plus trop quoi faire dans leur entreprise ou dans leur administration pour faire évoluer les choses, une idée cadeau sous la forme d’un trio d’ouvrages qui va éclairer l’incroyable perspective historique et philophique que nous offre ce moment (Michel Serres), les conséquences pour les entreprises et leur nécessaire transformation en « plateformes » (Nicolas Colin, Henri Verdier), et enfin les moyens concrets d’enclencher de tels changements dans les grandes organisations (Pierre Pezziardi).

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Le développement de l’infrastructure nécessaire à l’application de la loi Taxi

loi taxi Article 1

Va être réalisé au sein d’une nouvelle startup d’état, pilotée par un chef de produit du Ministère de l’Intérieur et hébergée au Secrétariat Général à la Modernisation Publique (SGMAP).  Lire la suite »

Comment ont donc été fabriqués dans l’état des outils aussi divers que data.gouv.fr, Marchés Publics Simplifiés, ou mes-aides.gouv.fr ? Saviez-vous qu’il s’agissait toujours d’équipes de 4 personnes et de mise en marché en moins de 6 mois. Etonnant non ?

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Il y a un an, nous invoquions la nécessité d’une liberté d’innovation plus radicale pour être en mesure d’offrir des services administratifs réellement innovants et utiles aux citoyens. Un an plus tard, les résultats de ces équipes autonomes sont salués par tous : data.gouv.fr, Marchés Publics Simplifiés, bientôt mesDroits.gouv.fr . L’incubateur d’état va donc poursuivre sa mission en 2015, pour des outils numériques sur les aides publiques, la pénibilité, l’Open Data Taxi, ou encore la fiche de paye simplifiée …

Si vous êtes un très bon développeur informatique, amateur de sensation forte, agiliste, cette annonce est peut-être pour vous…

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